Pierres

Reproduction par diverses technique d’un élément minéral, afin de créer un simulacre de la nature. La «Pierre» se caractérise par sa forme mais aussi par sa texture abrupte, parfois polie, matte et brillante. L’«image» est réalisé de manière procédurale en appliquant différents effets photographiques à un motif généré par du bruit de Perlin, produisant une infinité d’agencement. Cette oeuvre propose une solution originale mêlant nouveaux médias et techniques plus traditionnelles, résultant en un objet terrestre au propriétés gravitationnelles d’un autre monde.

Le support lui est basé sur un coeur en polystyrène qui soutient un squelette cartonné rembourré de papier journal saucissoné par des fils d’étain. Le support est soutenu par trois fils de nylon, qui lui permette d’être suspendus. L’image et son support on étés assemblés avec une technique de «papier maché» à l’aide de trois colles artisanales. L’oeuvre est présentée suspendue au plafond à environ 2m du sol dans une pièce plongée dans le noir, elle est eclairée par en dessous par un faisceau directionnel froid. Elle est combinée à une pièce sonore originale dispensée par une paire de haut parleurs disposés de chaque côté de l’oeuvre.

La pièce sonore composée et produite exclusivement pour cette 5ème pierre est réalisée de manière totalement synthétique par la combinaisons de divers oscillateurs. Boucle de 6mn20 d’un son continu avec de légères variations répondant à la matérialité de la «Pierre». Sans aucune source naturelle, le son évoque la même volonté de création artificielle d’un élément minéral.

Une seconde piéce sonore à été réalisée à partir des sons enregistrés sur l'ordinateur pendant la generation des textures avec des micro à qui enregistrent les ondes éléctromagnétiques (pickup coil).

Il est difficile de l’admettre mais au contact de la matérialité du papier et de son application sur son support, l’intérêt de la texture/motif à disparu au profit d’une relation formelle entre l’image et son support. La qualité et la définition de la texture générée par ordinateur devient secondaire face à la transformation qu’elle subit au contact de son support.

Comme son titre l’indique, la «Pierre 5.3» présentée est la cinquième réalisée avec ce processus, et la texture visible est la troisième appliquée. L’image 2 présente les «Pierres 1, 2 et 3» , en revanche la «Pierre 4» dont on distingue le squelette sur l’image 4 avait un format trop ambitieux pour la fragilité de son squelette, elle se détruisit après des accumulations effectuées sur 3 jours. Ainsi, le parallèle avec le Mythe de Sisyphe m’apparu immédiatement, après avoir travaillé plusieurs jours à la réalisation de cette «Pierre», il ne me restait plus qu’à recommencer. Qu’en sera t il de la prochain ? Comment puis je savoir qu’elle ne s’effondrera pas sous son propre poids ou qu’elle ne pourra être suspendue ? Je n’avais aucune idée de la savoir, il ne me restait plus qu’une seule option : faire. Dans un vision plus large, la volonté de reproduire la nature, et plus précisément un partie de son monde minéral, n’était ni nouvelle ni innovante : Sarah Sze, Fra Angelico, ou encore Key Perlin et son algorithme sont d’autant de tentatives de reproduction de ce motif. Mais si il impensable de revendiquer l’originalité de l’oeuvre, il était important pour moi de voyager à travers le processus de sa création et de sa réalisation. Comme nous l’indique Albert Camus,«Il faut imaginer Sisyphe heureux.», c’est pourquoi même en toute connaissance de l’absurdité et de la vanité apparente de ma tache, elle à pu me stimuler jusqu’à ce que j’arrive à sa complétion, et m’encourage encore à la création.

En réinstallant l’oeuvre pour en garder de meilleures traces, je me rends compte qu’elle m’évoque aisément l’idée d’une urgence, celle de l’évidence de la création dans un monde sombre et flou. Dans cette atmosphère inquiétante et pessimiste qu’on peut facilement rattacher à celle du monde dans lequel on peut parfois vivre, la «Pierre 5.3» installée seule en lévitation et mise en lumière peut être comprise comme une réponse, une possibilité d’ouvrage.

«Pierre 5.3» Martin Campillo 120 cm x 90 cm x 70 cm

  • Encre toner sur papier recyclé 80g/m2
  • Colle à base de fecule de riz, semoule de riz, glycérine, gélatine porcine
  • Support en polystyrène, carton, papier journal et étain
  • Suspendu par trois fils de nylon
  • Paire d’enceinte et amplificateur
  • Faisceau lumineux à teinte froide