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who cares lol - a yolo productions film?jouney?reflection?jibberish?

"La carte est-elle plus intéressante que le territoire ?" : question prétexte à développer une réflexion sur la représentation et la perception du monde, à l’époque où internet se créé un territoire nouveau. Who Cares lol est un film où la narration suit des questionnements et l’élaboration d’une théorie personnelle sur la zone de l’internet, son espace-temps contracté et les émotions qui y traînent.
Mais, en réalité, cela se passe à la mer.

‘‘The virtual is real’’ : une remarque, posée comme un fait, sur ce monde qu’on appelle virtuel, comme s’il n’était pas vraiment là. Je pense au contraire qu’il ne faut pas du tout l’envisager comme quelque chose de séparé, mais comme partie prenante d’une réalité matérielle. L’internet, le web, ce qu’on appelle en gros les nouvelles technologies créent au sein de cette réalité un espace-temps particulier, dans lequel se passe la vie contemporaine. Il est donc fortement réel. L’exploration et l’habitat de cet espace-temps produit bien sûr tout un tas de pensées, d’affects, de rapports de force, un peu tout ce qu’on veut. À l’image de la vie offline, la vie online est un joyeux méli- mélo. Une des différences tient dans le fait que tout ce monde numérique est quantifiable, écrit, codé, archivé, stocké. C’est quelque part un processus très mathématique qui donne lieu à tout ça, et je ne sais trop pourquoi, mais ce décalage et le fait d’habiter ces données est pour moi une expérience qui tient d’une mélancolie. Peut-être mal placée, mais quand la mélancolie est-elle réellement justifiée ?



here's Cecile B. Evans talking omg she's so fascinating

...and again lol

Website - Musée d'Art Moderne

– Une Linguistique du Code informatique
Commençons par reprendre rapidement ce que j’avais déjà exposé la dernière fois, en analysant à l’aide d’outils Saussuriens ce qu’on appelle le code informatique, ou encore le langage de programmation, qui sont des algorithmes, donc une suite d’instructions utilisées pour communiquer avec l’ordinateur.
Saussure nous dit que le langage est naturel et inné, et que les langues sont une construction sociale. À ce titre, il est plus juste de parler de ‘‘langues de programmations’’, puisqu’elles sont crées sur base d’une langue humaine existante (l’anglais) et n’ont strictement rien de naturel. C’est ce qu’on appelle une langue formel, en opposition à une langue naturelle comme le français ou l’espagnol, qui se construit peu à peu et socialement. Une langue formelle est construite de toute pièce pour remplir un besoin précis, à savoir ici communiquer et donner des instructions à des machines. Ainsi, les signes qui composent les langues de programmation ne sont plus arbitraires, mais ont été choisis pour leur sens dans la langue anglaise. Ce qui signifie que dans une langue informatique, le signifiant est le signe dans la langue normale, et le signifié est l’action que va effectuer le code : c’est un niveau supplémentaire qui vient se greffer par dessus le langage connu. On trouve sa matérialité non dans l’image acoustique, mais dans l’écriture.
Les langues de programmations sont en permanence sur le mode performatif, puisque le code est une phrase qui s’accomplit : en javascript par exemple, la commande ‘‘display’’ permet simplement d’afficher, la commande ‘‘run’’, d’éxécuter le programme, etc.
Ce sont, contrairement aux langues humaines, des nomenclatures, des listes de fonctions qui s’agencent avec une grammaire immuable. En fait, il n’y a pas de place pour l’interprétation. Le code est rigoureux et universel dans sa signification, pas d’ambiguïté ou de double sens possibles, pas de métaphores ou de métonymies. Ainsi, il n’y pas de place pour des connotations linguistiques inhérentes ; s’il y en a, c’est malgré lui, et ce sont celles déjà présentes dans la langue constituante, l’anglais.
Par contre, les mêmes qualités qui empêchent des connotations linguistiques permettent une myriade de connotations extra linguistiques ; je propose de les étudier en effectuant une brève mythologie du code informatique.

2- Une Mythologie du Code Informatique
Appliquons une analyse sémiologique, à la Roland Barthes dans ‘‘Mythologies’’, et tentons de définir les connotations extra linguistiques du code informatique, donc à en envisager l’impact sur la société et sur l’imaginaire collectif.
Il y a d’abord tout ce que son implacabilité et son pragmatisme implique, cette sorte de vérité sans ambiguïté, sans erreurs, sans interprétations. Qu’est ce que cela signifie qu’une bonne partie de nos rapports sociaux et culturels passent par le digital, et donc par ce langage ? On pourrait penser que se forme un état d’esprit loin de l’interprétation, un genre de diktat des faits et des actions claires. Bon, le climat politico-médiatique actuel invalide directement cette théorie, et cela tient peut-être du fait que le code informatique est caché. On ne le voit pas lorsqu’on se sert des nouvelles technologies ; puisque le code n’est pas destiné aux humains, les seuls qui le voient sont les curieux et surtout ceux qui l’écrivent. Ainsi se forme un clivage grandissant entre ceux qui savent, et ceux qui ne savent pas. La dernière décennie a vu les codeurs grimper en pouvoir, influence et richesse à la Silicon Valley par exemple. Voilà ce qu’implique utiliser une technologie sans la comprendre : se soumettre à de nouveaux rapports de forces, basés sur des compétences ; et l’importance de ces technologies ne fait qu’augmenter. Ainsi, le langage digital prend une dimension sociale et quasiment politique.
Bon. Cela peut sembler alarmiste, mais pas de panique : la communauté de codeurs qui s’est développée avec internet met fort l’accent sur le partage des compétences et des acquis, ainsi apprendre le code est à la portée de tout le monde (ou du moins, dans les pays où l’accès à ces technologies est facilité, mais c’est une autre histoire) tellement la chose est documentée en libre accès. Le code est encore vu comme quelque chose de techniquement élitiste, destiné à un happy few, mais cela change. On commence à prendre conscience de l’impact des nouvelles technologies sur les perceptions, et l’importance de les penser et de les étudier, simplement pour ne pas être laissé derrière (en Finlande, les élèves apprennent le code dès l’école primaire...). Un autre moyen de se libérer de ses rapports de forces est de détourner le code informatique et de produire un sens ou une poésie nouvelle avec.
La question qui m’intéresse, en tant que je souhaite produire de la matière artistique, est comment utiliser le code informatique pour produire de la poésie, de la beauté, de la sensibilité ? Je veux explorer les moyens de s’emparer des langues de programmation pour dégager une poétique nouvelle pour l’ère des nouvelles technologies. Je ne prétend rien inventer, cela se fait déjà ; je vais à présent parler de différentes pistes.

3- Une Poétique du Code Informatique
A- L’utilité
Les artistes sont nombreux à s’être emparé du code et à l’utiliser exactement pour ce à quoi il sert : communiquer avec des machines, qui peuvent ainsi effectuer des taches qu’un humain ne pourrait faire ou supporter. Rien de plus basique que de s’emparer d’une technologie pour de faire de l’art, cela se fait depuis toujours, et cela fonctionne. Un exemple que je trouve saisissant de poésie est une œuvre de Felix Heyes et Benjamin West, qui est un programme qui produit un livre, un dictionnaire où chaque mot est remplacé par la première entrée Google images pour ce mot. L’objet est un témoin d’un imaginaire collectif à l’ère d’internet.
Bien que je trouve cela génial, ce n’est pas cette usage qui m’intéresse le plus. Le code est ici simplement un outil, je cherche quelque chose de plus intrinsèque au langage numérique.
B- La Logique & L’esthétique
La logique que l’on trouve dans un algorithme, une suite d’action qui découlent les unes des autres, rapproche le code au langage mathématique. Dit comme ça, on peut penser que l’impossibilité d’interpréter prive le code de potentiel poétique ; je pense que c’est faux et je me permets de citer le mathématicien Don Zagier : ‘‘(...) les mathématiques elles-mêmes sont de l’art. Les critères esthétiques qui jouent un rôle ici ne reposent pas forcément sur la beauté visuelle(...) mais sont de nature beaucoup plus abstraite : la brièveté, la simplicité, la clarté et la force de persuasion absolue(...)’’. Les mathématiciens parlent de leur langage comme les codeurs du leur : la beauté et l’élégance sont recherchés, et le plus souvent, la meilleure solution se trouve aussi être la plus ‘‘belle’’.
Je pense que si l’on agrandit nos critères esthétiques, sans être moins exigent pour autant, on peut tout à fait trouver de la poésie intrinsèque au code informatique et à sa structure, sa logique, son efficacité. On pourrait penser une esthétique du ‘‘code pour le code’’, des langues de programmation exposées pour elles-mêmes. Il existe d’ailleurs des poèmes écrits en différentes langues de programmation.
C- La Pragmatique et la Performance
On l’a dit, le code est sur le mode du performatif, même si ici l’action ne se réalise pas avec son énonciation, mais avec sa réception par la machine. Il y a, à mon sens, une poésie qui tient presque de la magie dans ce côté prophétique des langues de programmation. Coder revient à écrire une action qui se réalise. Coder, c’est donner vie à des mots, à des idées ; ce qu’on écrit devient d’office une action. Le côté incantatoire à clairement quelque chose de jouissif, et aussi quelque chose de chamanique. Il y a tout un univers poétique à explorer là dedans. Puis il y a le côté performatif. Le code s’exécute, on peut parler de performance technologique. Lorsque l’artiste Michael Mandiberg présente son œuvre ‘‘Print Wikipedia’’, qui consiste en un code qui récolte, compile et met en page le contenu de tous les articles Wikipedia pour être imprimés en livres, il affirme que l’œuvre n’est pas l’ensemble des livres produits, mais le processus du code s’exécutant.
4- La Communication avec la Machine
N’oublions pas que le code est un moyen de communiquer avec la machine. Cela est en soi proprement incroyable : c’est un moyen de communication avec du non-vivant. Je trouve déjà cette prouesse par elle-même d’une poésie infinie.
On peut toutefois chercher à détourner cela, et réinvestir du social et de l’humain dans le code informatique. De base, du code reste une série de décisions prises et tapées par quelqu’un, mais destiné à une machine. Pourquoi pas destiné du code à des humains, non comme ordres, mais pour que l’on soit conscient des mécanismes à l’œuvre ? Comme le suggère Guy Debord dans son ‘‘Mode d’emploi du Détournement’’, détourner est un procédé efficace pour créer du sens et de la sensibilité.

J’ai cherché à utiliser ces procédés, et pourquoi pas les réunir.
J’ai pris en main la création de mon site internet, en considérant le site lui-même comme une œuvre à part entière, en cohérence avec le reste de ma pratique autour du langage et du numérique. Je l’ai donc codé. Le site à deux particularités : Premièrement, chaque page du site affiche clairement son code source ; second, tout le texte présent s’affiche avec une typographie Catcha, ce qui signifie qu’il n’est pas lisible par une machine mais compréhensible pour un humain.
À mon sens, il y a là les procédés évoqués plus haut. Premièrement, j’ai codé moi-même le site, me servant des outils langues de programmations (html, css et javascript) dans leur fonction de base, mais destinée à un projet artistique. Je me suis simplement servi du code pour ce à quoi il sert, mais à des fins qui sont au final de l’ordre d’un projet artistique.
Puis, le code s’affiche pour que le visiteur le regarde, je l’expose en tant que tel sur le site. Je cherche à affirmer son côté esthétique, la beauté potentielle de sa grammaire particulière et rigoureuse, c’est du ‘‘code pour du code’’. Et il y a la façon dont le code est exposé : il s’expose lui même. La commande qui affiche le code se trouve dans le code (donc elle se retrouve en plus affichée). La mise en évidence du processus performatif du code informatique transforme le site, son existence même, en mini performance technologique.













Il faut penser l'espace d'internet comme un musée. Ou, plus précisément, un faux musée, à l'instar de Marcel Broodthaers.
J'y vois l'occasion de se réapproprier l'espace d'exposition, de diffusion, de réflexion des oeuvres, en insistant sur leur INSINCÉRITÉ.
Ainsi j'affirme la construction du Musée d'Art Moderne - Département des Reproductions.


‘‘L’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit et je me mis aussitôt au travail. Au bout de trois mois, je montrai ma production à Ph. Edouard Toussaint le propriétaire de la Galerie Saint-Laurent. Mais c’est de l’art, dit-il, et j’exposerais volontiers tout ça. D’accord, lui répondis-je. (...)’’
M.B.









La Section des Figures de Marcel Broodthaers est une division de son musée d’Art Moderne fictif qui présente plus de 300 objets figurant des aigles, accompagnés d’une notice en 3 langues indiquant : ‘‘ceci n’est pas un objet d’art’’. L’exposition, qui a lieu à la Kunsthalle de Düsseldorf en 1972, est accompagnée de deux catalogues réalisés par l’artiste, dans lesquels il expose sa ‘‘méthode’’, de façon plus théorique et discursive qu’il en a l’habitude, mais toujours aussi cryptique et surtout poétique.
Mais, comme le dit Thierry de Duve, la véritable ‘‘Théorie des Figures’’, ce que Broodthaers cherche à établir, n’est pas discursive. Elle est figurative, lisible à partir d’images, et c’est pour cela aussi que ce texte-ci, celui là même que vous lisez et que j’écris, est insincère : à quoi servirait une théorie de la théorie des figures ? À en donner une image, selon la logique établie par Broodthaers ? Et, si l’on prend la proposition de Saussure selon laquelle on appréhende les mots connus d’un seul coup, de tel sorte que l’image du tout acquiert une valeur idéographique, alors oui, ce texte donne en effet une image ; une image de la théorie de la théorie des figures. Écrire sur l’œuvre de Broodthaers est un acte incroyablement tautologique, et une imposture. Donc, comprendre, un acte artistique, si l’on veut. C’est aussi une tentative de définition, donc pour Broodthaers, une proposition d’artiste. Si depuis Duchamp, l’artiste est ‘‘auteur de définition’’, on peut se demander qu’est ce qui fait réellement art, au final. Est-ce l’urinoir, la pipe, les aigles ? Est-ce la phrase ‘‘ceci est de l’art’’, ou sa négation ? Est-ce l’acte d’énoncer cette phrase, ou alors encore l’acte de la lire et de la comprendre ? Peut-être que l’insincérité de l’art tiens dans cette ambiguïté, cet impalpabilité qui fait qu’on l’a toujours sur le bout de la langue sans jamais que ça sorte réellement. L’art est une imposture, indissociable d’à la fois les images et du langage, qui sont eux-mêmes de célèbres impostures (Magritte et Aragon nous le rappellent : ‘‘la trahison des images’’, et le ‘‘suicide’’ inévitable du langage par lui-même, l’impasse des 26 lettres de l’alphabet latin*).
D’accord, d’accord, mais il ne faut pas pour autant discréditer les impostures, elles ont peut-être plus de valeur qu’on ne le croit. L’objectivité est en soit elle même la plus grande imposture qui soit, donc il y peut-être, paradoxalement, plus de sincérité en admettant d’entrée de jeux la facticité de l’art, comme l’a fait Broodthaers dès le statement de sa première exposition. C’est là une marque de lucidité cynique qu’on retrouvera au point culminant dans la Section des Figures , où chaque objet exposé est accompagné de l’indication ‘‘Ceci n’est pas un objet d’art’’. C’est, comme il le dit, une formule obtenue par contraction des concepts de Duchamp sur le readymade (‘‘ceci est de l’art’’) et de Magritte (l’image d’une pipe n’est pas une pipe). Est-ce de l’art ou non, peu importe, ce qui est souligné, c’est l’autorité, sur deux niveaux. Le premier, l’autorité de l’artiste et/ou des institutions à décider ce qui est art ou non – c’est intéressant de noter que dans un monde de l’art post-duchampien, cette notion d’autorité n’est que renforcée de par l’acte du readymade, que ce qui est art est ce qu’on appelle art. Alors, potentiellement, tout peut l’être, la question est donc qui décide ? Pour Broodthaers, c’est l’autorité, et c’est cela qu’il critique ; l’art post-duchampien est un art uniquement destiné au musée, ce qui l’en rend forcément ultra dépendant.
Le second niveau est celui de l’autorité de l’idée de l’art. L’allégorie avec les aigles se joue là : les aigles sont déjà des allégories de l’autorité, de l’impérialisme, du pouvoir. Broodthaers rassemble dans un musée (un faux musée dans un vrai) tous ces objets figurant des aigles, puis leur nie le statut d’œuvre d’art. C’est, je pense, une négation de la réception dans les années 60 du readymade qui a malheureusement enfermé l’art dans les musées, une critique de l’art et du musée comme entités autoritaires et du cercle vicieux dans lequel les artistes, dont lui-même, se sont engagés. C’est pour cela qu’on parle de Marcel Broodthaers comme étant le pionner de la critique institutionnelle en art. Le musée est vraiment une figure double, ambiguë ; il sait que son travail n’a de place que là bas, mais en même temps, il faut le remettre en question. Voilà peut-être une partie de l’insincérité dont il parle, mais je trouve en fait que cet aveux rend son œuvre profondément honnête, touchante aussi, un effort d’authenticité ironique de la part d’un artiste très conscient de sa mortalité et soucieux de sa postérité.
D’où la mise en scène constante chez Broodthaers, qu’on retrouvera dans sa période des Décors, mais déjà bien présente dans le Musée d’Art Moderne. Son musée comme fiction est pensé comme une parodie des musées véritables, trop autoritaires et enfermant l’art dans un cercle vicieux, mais en même temps il s’agit du lieu dans lequel son œuvre peut se montrer ‘‘honnêtement’’. De par la mise en scène, de par la fiction et l’imposture assumée, naît le seul espace où ce qu’il fait peut être appelé ‘‘art’’ sans fraude. La fiction permet de capturer à la fois la réalité et ce qu’elle cache, écrira Broodthaers. Le faux musée dans le vrai inverse les valeurs : le vrai musée devient le faux, son imposture éclate au grand jour, tandis que le musée fictif gagne en légitimité par la négation. Voilà l’œuvre, voilà ce qui fait art, peut-être ; Broodthaers dira après tout que la négation en est le moteur principal : ‘‘Il reste à voir si l’art existe ailleurs que sur le plan de la négation’’.
Le Musée d’Art Moderne ferme ses portes peu de temps après, la même année, en 1972. Marcel Broodthaers voulait mettre un terme à cette expérience subjective par une tentative d’objectivisation, en plaçant sa fiction dans l’espace institutionnel même qu’il critique. Pour lui, le musée est là où vont les objets pour mourir, et la pratique de l’art ne peut se limiter à agir dans un contexte aussi fermé et méta, là où l’a confiné une certaine lecture de Duchamp par les artistes et institutions qui sont ses contemporains. Cela est mortifère, bourgeois à souhait ; les objets d’arts doivent fonctionner dans un contexte bien plus large, sinon ils sont destinés à vite devenir inertes. Ainsi, l’œuvre de Broodthaers fonctionne sur bien des niveaux, tous relativement annonciateurs des tendances à venir : la critique politique décalée, les questions de mise en scène et de décors, les questions de détournement, de remix et de postproduction, et bien d’autres. Mais je pense qu’une des plus importantes est la dimension poétique. Broodthaers produit énormément d’œuvres (en particulier, mais pas seulement, les Lettres Ouvertes et les Poèmes Industriels) qui sont très bien expliquées par cette phrase idiosyncratique : ‘‘Le langage des formes doit être réconcilié avec celui des mots’’. Broodthaers annonce presque un certain échec de la modernité, du rationalisme, de l’essentialisme, de l’auto suffisance du médium et des ‘‘structures primaires’’, il annonce avec sa poésie ce que Catherine Grenier appellera ‘‘La Revanche des Émotions’’ et le retour de l’affect dans l’art contemporain. Surtout, il rappelle ‘‘qu’un artiste ne produit pas un volume. Il écrit un volume.’’
Quid des impostures, alors ? Post 1972, ses travaux ne sont plus présentés dans l’enclave sincère qu’a pu être son Musée d’Art Moderne, mais bien dans le cercle vicieux des ‘‘vrais’’ musées. Broodthaers s’annonce comme faussaire, comme prestidigitateur en affirmant dès le tout début que ce qu’il inventera sera insincère. Peut-être alors est-ce à prendre avec des pincettes, rappelant le paradoxe de quelqu’un affirmant ne dire que des mensonges. Cette phrase est-elle alors elle-même un mensonge ? Ses œuvres et ses textes me semblent une recherche permanente, des réactivations et des essais successifs pour arriver à quelque chose d’autre. Pourquoi ces textes, ces catalogues qu’il composait lui-même, sont-ils si cryptiques et poétiques ? Il y a, certes, un goût du rébus, de l’énigme hérité de Mallarmé, mais je me plais à penser que Broodthaers misait sur la poésie, et sur les réceptions subjectives de cette poésie à la fois formelle et langagière, pour effectuer la fin du travail subversif. Peut-être espérait-il, comme Corto Maltese, qu’une chose ‘‘étrange et belle qu’il ne connaît pas encore réussira à prendre de court la logique sans pitié qu’il a dû ingurgiter sans s’en être encore libéré’’. À mon sens, Broodthaers ouvre la voie pour la complexité et les entremêlements qui caractérisent l’’art contemporain aujourd’hui encore.

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Il s’agit ici d’un projet que j’ai pensé et activé une première fois à un événement qui à eu lieu à Imal, à Bruxelles : The Internet Yami-Ichi. Crée par le duo d’artiste japonais Exonemo, c’est un genre de foire, de marché aux puces (mais aussi de marché noir) d’internet, où l’on vend et s’échange des objets en tout genre plus ou moins liés au web et à sa culture. L’idée du projet que j’y ai proposé est simple : il s’agit de vendre mes données personnelles. Je les ai récupéréss sous la forme de différents fichiers textes (.txt ; .html ; .json ) soit en les récoltant à la main, soit en les demandant aux divers services que j’utilise sur le web, comme Facebook ou Google. J’ai défini 6 stocks de données, 6 produits différents, que j’ai stocké sur des clés USB placées dans des pochons accolés d’une étiquette. Voilà : la marchandise était préparée. Les enjeux tiennent à la fois du statement, un peu socio-politique, sur la collecte de données des grandes entreprises du web et sur leur marchandisation, processus aliénant où nous fournissons une matière première monétisable tout en étant exclus de retours lucratifs. Il s’agit, pour moi, de me réapproprier la vente de ma vie privée – si ces données sont vendues, je veux qu’elles le soient par moi et pour moi. C’est un geste symbolique, conceptuel : concrètement, la vente des données d’un utilisateur ne rapporte presque rien, ce sont les données de plusieurs dizaines ou centaines de milliers de personnes qui engendrent un lourd bénéfice ; et en plus, faire de l'argent de cete façon ne m'intéresse pas particulièrement. C’est donc, comme dit plus haut, une œuvre qui sert de statement.
Mais il y a aussi un autre aspect, qui touche aux questions de la vie numérique, d’une intimité sur le web, d’émotions. Que disent ces données ? Elles racontent ma vie. Elles transpirent et trahissent et révèlent un schéma de vie peut-être plus précis que ce que je serai capable de faire par moi-même. La vie, de nos jours, se passe aussi sur internet, et de fait, elle est envisageable via du data, du texte, du langage. L’idéal serait d’envisager les deux propos de l’œuvre d’un seul coup : comprendre que le numérique est un nouvel espace d’intimité, de vie en général, avec tout ce que ça implique d’occupations, d’affects, d’histoires, de pensées, etc ; et qu’il passe par une dynamique économique non négligeable et qui peut tout à fait être aliénante. Comment alors évoluer dans cet espace, comment agir consciemment ? Ce projet se veut avant tout comme une réappropriation, un étalage lucide qui permettrait de prendre un certain contrôle.

DÉVELOPPEMENT / MARCHANDISATION $$$

Pour le développement du projet, il fallait, simplement, développer une stratégie marketing. J’étais parti sur de bonnes bases : j’ai sold-out mon stock lors du week end du Yami-Ichi. J’ai par la suite été contacté par un particulier intéressé pour acheter mes données, nous échangeons par mail. Je pense d’abord développer une présence web, en utilisant des petites annonces sur deuxièmemain.be ou Ebay ; utiliser le vocabulaire de la vente web vernaculaire au départ, réactiver le projet en live à des moments précis, et au fur et à mesure faire en sorte que la communication prenne du sérieux et de l’ampleur. Une trajectoire d’entreprise, en quelque sorte, qui d’ailleurs pourrait aboutir sur la création d’une véritable entreprise – pourquoi pas ? Le détournement de la grammaire néo-libérale sert mon propos, au sens où il s’agit d’une réappropriation en reprenant la mécanique capitaliste dans un but qui est d’ordre créatif ou, si j’ose dire, artistique (le gain ne sera jamais la finalité de ce projet).




we're gonna need a bigger boat

Un proposition collective en chantier en hommage à Nathalie Magnan, théoricienne des médias. Pour le moment, on part d'un évenement survenu en 2014, plein de poésie absurde : un requin qui mord les cablages sous marins qui conduisent internet.

NATHALIE MAGNAN
MUCEM
CABLES SOUS MARINS
LES DENTS DE LA MER
BATEAU
REQUIN
MARSEILLE




These are the days we'll never forget

Une gallerie accessible numériquement sur un réseau local qui montre du contenu différent en fonction du jour et de l'heure, sur un cycle de 1 mois et calqué sur les horaires d'accessibilité du lieu abritant ledit réseau local (à savoir, ici, l'école de recherche graphique de Bruxelles). L'idée est de faire entrer le numérique dans la routine, le cycle, le quotidien ; lui imposer des horaires de fermetures et d'ouvertures et qu'il évolue en même temps que le rythme des étudiants et que leurs quotidiens.


s o u n d t r a c k


CAMILLE HENROT - DAYS ARE DOGS // MICHEL DE CERTEAU - L'INVENTION DU QUOTIDIEN


illuminations

Une postproduction d'un projet de Ben West et Felix Heyes dans lequel un dictionnaire est produit en remplaçant chaque mot par le premier résultat d'une recherche Google pour ce mot.
----> Goooooooogle
Je reprends l'idée, en laissant de côté la pseudo objectivité du dictionnaire. Au contraire, je cherche à affirmer les espaces poétiques subjectifs et changeant, fluides qui composent l'internet de chacun. J'utilise pour ça leur principe, mais appliqué à un texte poétique, les Illuminations d'Arthur Rimbaud. Le résultat est quelque chose d'à la fois personel, poétique, une nouvelle lecture du poème et une cartographie de l'imaginaire imposé par Google.
Ci dessous, le test avec le poème Marine.

Les chars d'argent et de cuivre -
Les proues d'acier et d'argent -
Battent l'écume, -
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l'est,
Vers les piliers de la forêt, -
Vers les fûts de la jetée,
Dont l'angle est heurté par des tourbillons de lumière.